Assemblees Citoyennes Insoumises

Alcatel : patronat et gouvernement bradeurs de l’indépendance du pays.

jeudi 18 mai 2017

Alcatel : le deuil de trop !
Note de blog (16 avril 2015)

Dans ce post, beaucoup plus bref que d’habitude, je crie ma colère et je l’argumente à propos du bradage d’Alcatel. Je sais que dans notre gauche on n’est guère habitué à parler de la production et des techniques qui la rendent possible. Pourtant, si l’on veut organiser un jour une transition écologique réussie de notre matrice productive, il faudra disposer des moyens humains et techniques qui rendront cette mutation possible. Nous ne pouvons être indifférents à la désertification industrielle et technique que les gouvernements libéraux, de droite ou du PS, laissent s’opérer et encouragent par leur veulerie et fascination pour l’action de la finance.
Pour
Voilà des années que sur ce blog je traite de l’entreprise Alcatel et de son savoir-faire. J’ai suivi pas à pas les ravages que lui ont infligés les donneurs de leçons de « modernité » et « d’esprit entrepreneurial » dans lesquels se drape la cohorte des mendiants du MEDEF pleurant pour les subventions publiques que sont les « allégements de charges » et autres refrains. Incapables, bons à rien, bradeurs du pays font de nouveau la queue-leu-leu pour prendre derechef des poses avantageuses sur le prétendu « patriotisme européen », « taille critique », « vigilance sur l’emploi » et gnagnagna au nom duquel notre pays devrait se laisser dépouiller de son savoir-faire humain, de ses brevets, de ses capacités productives !

Je plaide pour que mes lecteurs s’intéressent aux questions de l’industrie et de la technique dans notre pays. Notre programme politique, celui de l’écosocialisme, serait rendu impossible dans un pays qui ne saurait pas maintenir un haut niveau de capacité de révolution technique pour accomplir la transition écologique de la production et de l’échange. L’écosocialisme auquel le PS prétend s’être converti commence par la capacité du pays à être en état de le mettre en œuvre. Donc à être indépendant sur le plan technique au plus haut niveau de performance !

Bilan des nuls de l’économie productive

Après Alstom, c’est donc au tour d’Alcatel d’être abandonné par le gouvernement et le patronat français. L’indépendance du pays ne leur parle pas. Un instrument majeur de savoir-faire et de prouesse technique dans les télécommunications va être pillé. Et cela au moment même où ce domaine d’activité est au centre de l’économie productive moderne. On voit ce que valent les belles paroles des bavards gouvernementaux et patronaux sur le « redressement productif », « l’innovation » et le reste de leur blabla. Alcatel-Lucent est ce qu’on appelle un « fleuron industriel ». Evidemment, c’est une entreprise capitaliste et j’entends déjà ceux qui vont se gausser, à droite et à gauche, de l’attachement au caractère national d’une propriété industrielle. Pourtant, notre projet politique suppose un haut niveau de capacité technique et productive. Par exemple, on ne fait pas une « économie de la mer » sans brevets et capacité à fabriquer et développer des techniques et des machines. On ne fait aucune transition écologique sans cette capacité-là ! J’entends aussi les ricanements sur l’état actuel de l’entreprise. Bien sûr, les mauvais coups libéraux et des dirigeants incompétents l’ont mise en difficulté, ratant notamment le tournant de l’internet mobile il y a quelques années. Mais sur l’internet fixe, les équipements télécoms, les câbles sous-marins, Alcatel reste une référence mondiale. Tout cela va être dépouillé et dépecé.

Alcatel a été méthodiquement affaibli depuis des années. En fait, pratiquement depuis sa privatisation en 1987. La privatisation c’est toujours le pillage. Alcatel a été un véritable cobaye, victimes de tous les poncifs libéraux. Le résultat est un immense gâchis. Longtemps, plusieurs postes avancés du savoir-faire technique du pays étaient réunis dans un même groupe : la compagnie générale d’électricité (CGE). On y trouvait notamment les futurs Alstom et Alcatel. Cette stratégie de conglomérat permettait une très large emprise industrielle, technique et financière. Elle assurait un équilibre entre différentes branches, l’une compensant les difficultés temporaires de l’autre et inversement. Ce modèle d’entreprise globale fut brocardé quand vint la mode anglo-saxonne de gestion des entreprises. La mine enfarinée, de nombreux petits messieurs-dames de la bien-pensance ironisaient sur ces « entreprises fourre-tout ». Pédants et pontifiants, ils plaidaient pour que chaque entreprise se concentre sur son « cœur de métier ». Une idiotie à l’époque où les savoirs faire techniques sont extrêmement transversaux et solidaires mais où les marchés où se font les débouchés ne le sont pas, les uns à la hausse et les autres à la baisse selon les moments. On devine que les refrains sur le « cœur de métier » permettaient de juteuses cessions où toutes sortes d’intermédiaires se gavaient. Cette stratégie « globale » a donc été abandonnée à la CGE. Commence alors la filialisation et la vente de pans entiers de cet ensemble industriel : chantiers de l’Atlantique, activités de câbles filialisées puis abandonnées sous le nom de Nexans, séparation d’avec Alsthom en 1998 etc. À la fin, Alcatel s’est retrouvé isolée au moment d’affronter le tournant d’Internet et des téléphones mobiles, face à une révolution industrielle gigantesque pour les télécoms. Le savoir-faire des ingénieurs, techniciens et ouvriers hautement qualifiés français a permis au groupe de se maintenir en haut encore quelques années.

Mais le dogmatisme libéral a plongé le groupe dans des difficultés immenses. Après les délires sur le « cœur de métier », Alcatel a été un laboratoire du « fabless », cette idéologie qui veut qu’une entreprise n’ait pas d’usine. Seulement des financiers, des commerciaux et des chercheurs. Le rêve libéral. Le désastre industriel assuré. Le remplacement progressif des ingénieurs et des productifs dans la chaine de direction au profit des petits génies de la finance et de la vente a provoqué des catastrophes en série, comme le ratage du passage à l’Internet mobile, sur téléphone portable. A cette courte vue organique s’est ajoutée une stratégie désastreuse. Ainsi avec la fusion catastrophique avec l’américain Lucent. A l’époque, Alcatel était encore un leader mondial du secteur. La fusion devait donner naissance au nouveau numéro un mondial des télécoms. Le bilan a été un fiasco total : près de dix ans de pertes financières presqu’ininterrompues, des ingénieurs et des productifs toujours plus marginalisés dans la direction, des Français systématiquement placardisés au profit des Etats-Uniens, des emplois supprimés par milliers. Alcatel a été annexé méthodiquement par le nord-américain Lucent qu’il avait pourtant acheté bien mal en point. Puis le gouvernement a refusé le prêt auprès de la Banque publique d’Investissement que l’entreprise demandait. Alcatel a donc emprunté à la banque Goldman Sachs. En échange du prêt, la banque a exigé de prendre en gage les 27 000 brevets possédés par l’entreprise, somme du génie technique français. La finance a colonisé l’entreprise. Un énième plan de restructuration (plan « Shift ») a été lancé en 2013. Il a quasiment permis à Alcatel de revenir à l’équilibre financier mais au prix de 700 suppressions d’emplois supplémentaires en France et de la vente de plusieurs actifs prétendument « non stratégiques », selon le blabla opportuniste sur le « cœur de métier ». C’est-à-dire d’un nouvel affaiblissement.

Nokia s’est donc jeté sur une proie facile. Alcatel est dans le rouge financièrement alors que Nokia a des réserves après avoir vendu sa branche « téléphone mobile » à Microsoft. Oxygène provisoire. Car entendez bien que le chiffre d’affaire d’Alcatel est supérieur à celui de Nokia. Entendez que l’entreprise n’a pas de problème de niveau technique dans son domaine, tout le contraire. Il s’agit « juste » d’une question de capital disponible ! Sur ce plan, Alcatel est affaibli au point que le directeur-général Michel Combes a préféré que la totalité de l’entreprise passe sous contrôle de Nokia là où le finlandais voulait au départ en racheter seulement une partie. Mais Alcatel n’aurait pas survécu à cette amputation supplémentaire. Le directeur-général le dit dans Le Monde : « seul nous n’avions pas les moyens financiers pour investir, ni la taille critique nécessaire à faire des économies d’échelle indispensable pour assurer notre compétitivité dans le secteur ».

L’humiliation ne s’arrête pas là pour les salariés d’Alcatel et pour les défenseurs de l’indépendance technique de notre pays. Il faut boire le calice jusqu’à la lie. On apprend ainsi que Philippe Keryer, directeur de la stratégie et de l’innovation d’Alcatel-Lucent est le chef de projet du plan « Souveraineté télécoms » du gouvernement, au titre de l’un des 34 plans industriels lancés par Montebourg. Défense de rire. Le plan « souveraineté télécoms » du gouvernement français sera bientôt piloté par le salarié d’une entreprise étrangère, plus encore que ne l’était déjà Alcatel sous tutelle de Lucent. Ce n’est pas tout. Le directeur des lignes de produits de Nokia qui a participé aux discussions sur la fusion et préparé l’intégration opérationnelle est … un Français. Pire, c’est un ancien d’Alcatel éjecté par Lucent et récupéré par Nokia. La honte ! Dans le même ordre d’idée, Michel Combes, le directeur-général d’Alcatel-Lucent, affirme au Monde qu’il y a plus de directeurs français que finlandais chez Nokia ! Cette information est censée nous rassurer. C’est juste une peine de plus que de voir que tant de gens compétents ont préféré fuir chez Nokia que travailler en France pour Alcatel. Il y avait donc des compétences pour relever ce fleuron national ! Enfin, le même Michel Combes a répété que la fusion ne remettait pas en cause le projet d’abandon de la filiale d’Alcatel pour les câbles sous-marins envisagée depuis des mois. C’est un joyau de niveau mondial. Il a précisé que cette filiale a « vocation à poursuivre son projet à l’extérieur de Nokia » mais que « la modalité n’est pas encore arrêtée ». Bla ! Bla ! Ils vont piller ! Les rumeurs font état d’une probable introduction en bourse. Le carnage est garanti. Une longue chaîne de prétentieux et de bavards, qui nous regardaient de haut nous ont donné des leçons de « modernité » et de « réalisme entrepreneurial » et autres salades, ont tout détruit, tout ruiné et sont partis les poches pleines. Les mêmes à présent vont nous faire encore la leçon et nous parler de « patriotisme économique européen » plutôt que national comme l’a déjà récité cet aigle de député Da Silva, bras droit de Manuel Valls. Les liquidateurs de ce pays ne parlent plus que la langue de la finance ils pensent et rêvent de même. Un patriotisme européen ! Ben voyons ! Le patriotisme d’amour pour la banque centrale indépendante, la règle des 3% le traité budgétaire, la punition de la Grèce et de Chypre et ainsi de suite ! Noble espérance ! Vaste passion. Si c’était vrai pourquoi ne pas avoir vendu Alstom à Siemens ? Parce qu’il y avait une limite à l’indécence. Dorénavant elle est franchie.

Les Macronnades contre l’intérêt général

Ne comptons pas sur le gouvernement pour profiter de l’occasion pour sauver au moins cette pépite des câbles sous-marins. Sous Hollande et Macron, la politique industrielle se fait à la corbeille. Hollande a reçu les directeurs-généraux de Nokia et Alcatel-Lucent dès mardi. Au moment des premières fuites et alors que la rencontre ne figurait pas à l’agenda prévu. Le gouvernement soutient la fusion. Il était informé depuis longtemps. Et le ministre de l’Économie Emmanuel Macron a donné un avis « favorable ». L’intérêt général est moins important à ses yeux que la concurrence entre les autocars et le train. Et les brevets français dans les télécoms ne méritent pas autant d’égards que les patrons qui veulent ouvrir leur boutique le dimanche.

Nous voilà donc condamnés à subir les flots des belles paroles habituelles en pareille circonstance. Le ministre Macron promet une « grande vigilance » pour que le groupe garde un ancrage en France et ne supprime pas d’emplois. Mais comment lui faire confiance ? Il a bradé Alstom-énergie en laissant tout pouvoir à General Electric dans les détails de la fusion. Le PS vante la création d’un « airbus des télécoms ». Mais personne ne souligne que le principal concurrent de Nokia et Alcatel est aussi européen : le suédois Ericsson ! Propose-t-il aussi de le fusionner avec les deux autres ? Non, évidemment. Nokia annonce que la fusion va créer le nouveau numéro 2 mondial ? Mais la fusion d’Alcatel avec Lucent devait déjà créer le numéro 1 mondial. Elle a été un échec total ! Nokia promet qu’aucun emploi ne sera détruit en France ? Mais il a déjà annoncé que la fusion entrainera 900 millions d’euros d’économies. Et fin 2014, une étude du cabinet Syndex prévoyait une « catastrophe humaine » en cas de fusion avec Nokia due aux « redondances » entre les deux groupes. Finalement, la seule et maigre consolation sera de voir Alcatel enfin sortie des griffes destructrices de Lucent. Mais quel dommage que ce soit pour passer sous les fourches de Nokia !

Pourtant, il était possible de faire autrement. Le gouvernement français a le pouvoir de s’opposer à l’opération. En avril 2014, au moment de la discussion entre Alstom et General Electric, l’ancien ministre Arnaud Montebourg a élargi la liste des domaines protégés en cas d’investissements étrangers. Désormais, les télécoms font partie des secteurs stratégiques dans lesquels l’État doit donner son accord pour tout achat d’entreprise par un investisseur étranger. Macron pouvait donc légalement dire « non ». Le gouvernement devait s’opposer à la perte d’Alcatel. Après avoir laissé General Electric piller Alstom, il doit défendre les intérêts économiques fondamentaux de la nation. C’est-à-dire extirper Alcatel de la finance et des opérations hostiles. Et reconstruire le fleuron français des télécoms qu’Alcatel n’aurait jamais dû cesser d’être. Une nouvelle fois, on voit au passage l’incapacité du grand patronat français à faire autre chose que de la mendicité auprès des contribuables. Une nouvelle fois, on voit la limite du discours gouvernemental sur « l’entreprise » qui se limite à gaver des actionnaires sans patrie. Une nouvelle fois, on constate l’ignorance et le mépris pour la production industrielle et les savoir-faire techniques.

Un autre chemin est possible pour l’industrie française. Un gouvernement réellement de gauche, et a plus forte raison un gouvernement écosocialiste, ou même seulement soucieux de l’indépendance du pays, pourrait s’y engager. En l’occurrence, qu’aurions-nous fait ? Nous aurions mobilisé des capitaux publics pour protéger le capital d’Alcatel de cette offre d’échange inamicale et de ses actionnaires actuels. La France ne manque pas de moyens pour agir : la Banque publique d’investissement, la caisse des dépôts, le Fonds stratégique d’investissement sont censés être là pour ça ! Sans compter les 41 milliards d’euros par an de cadeaux versés par Hollande au MEDEF ! Ils seraient plus utiles pour investir dans l’économie réelle et les entreprises stratégiques. Au moment du plan « Shift » en 2013, nous avions calculé qu’une nationalisation partielle d’Alcatel à 50,1% coûterait autour de 3 milliards d’euros. Même d’un point de vue libéral, cette nationalisation aurait pu être temporaire, pour aider Alstom à se reconstruire. C’était en tout cas largement faisable financièrement. Seule la volonté politique manquait.

Il faut aussi défendre un protectionnisme solidaire contre le dumping des équipementiers chinois (Huaweï et ZTE). Sinon, les acteurs européens seront condamnés à se manger les uns les autres pour tenir un peu plus longtemps face à une concurrence déloyale avec des productions à bas coûts. Enfin, il faut faire renaître une politique industrielle et planifier la reconquête. Pour cela, nous aurons besoin de reconstituer des centres de recherche technologique de filières. Longtemps en France, le CNET, centre national d’études des télécoms, a joué ce rôle. Il a permis à Alcatel de devenir le fleuron qu’il a été. Depuis des années, le CNET a été transféré à Orange qui en a vidé la substance de Recherche de long terme. Pour reconstruire une industrie et tenir compte de l’impératif écologique, il faudra en passer par là. Sinon, après Alstom et Alcatel, d’autres suivront. Tout cela est à mettre en rapport avec une planification globale du progrès du pays en vue de ses objectifs écologiques et sociaux. Le libre marché dans la main des incapables et des pillards, voilà le résultat !


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