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La semaine du roi des riches !

mercredi 31 janvier 2018

mardi 30 janvier 201827 commentaires
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La semaine du roi des riches

Deux semaines de suite bien bonnes pour notre navigation. Celle-ci l’a été. Celle qui commence va l’être. Les vents favorables continuent de souffler. Sur le plan électoral, dans le Val-d’Oise et dans le Territoire de Belfort, le premier tour des deux élections législatives partielles a bien conforté notre mouvement. Cela alors même qu’elles se déroulaient en circonscriptions hostiles de droite sortante où nous avions été absents du deuxième tour en juin dernier.

Sur le plan social la semaine va montrer que la France ne sommeille pas autant que le disent d’aucuns. Le Tsunami d’abstentions dans les élections législatives partielles de cette fin de semaine montre que la situation politique d’avant la présidentielle de 2017 n’a pas été purgée. Le dégagisme organise tout le fond de scène. Le moment venu ce sera la chevauchée des Walkyries de la colère et du ras le bol. Il est tiède et presque froid pour l’instant encore dans les urnes mais déjà plus chaud dans la vie sociale.
Des élections partielles, mais parlantes
election partielle

Crédits photo : Ksiamon (Wikimedia Commons – CC)

À Belfort et dans le Val-d’Oise, pour ces deux élections législatives partielles, nous risquions gros. Notre score de juin dernier, au-dessus de dix points, était-il encore possible quand aucun enjeu n’apparaissait à nos électeurs de la présidentielle et des législatives ? Serions-nous assez forts pour exister dans une crue terrible de l’abstention comme celle qu’il a fallu constater au fil des heures qui passaient ce dimanche ? Les deux contextes n’étaient pas les mêmes. Sur le territoire de Belfort, le MRC et le PCF soutenaient notre candidate. Le MRC s’efforça de donner une forte couleur « Rassemblement de la gauche » à son soutien. Qu’en sortirait-il ? Une addition des scores ou un recul ? Dans le Val-d’Oise, à l’inverse, chacun avait sa candidature. Cela serait-il puni par les électeurs qui se déplacent pour voter et qui sont les plus politisés ?

Le résultat est parlant. L’ampleur de l’abstention est terrifiante. Bien plus haute qu’en juin dernier où elle était déjà très haute, au-delà des 50%. Le niveau est celui de la fin des années Hollande dans les partielles quand plus rien ne semblait avoir de sens, au cœur de la vague naissante du dégagisme qui emporta tout le tableau politique ensuite. D’un lendemain de présidentielle à l’autre, l’effondrement est prodigieux. Ce n’est donc plus du tout la situation qui suivit la présidentielle de 2012. L’abstention y était considérablement plus basse. Tout cela porte un message : l’élection présidentielle de 2017 n’a pas purgé le malaise politique de la phase précédente. Ses données politiques ont traversé la séquence. Ce malaise tient aux politiques qui s’appliquent en toute continuité libérale. Le dégagisme reste donc là, sous la forme de l’abstention. Mais aussi dans le reflux des votes. Tout le monde perd des voix mais surtout le parti Macroniste dans des proportions remarquables si l’on regarde ses concurrents.

L’autre crucifié des scores de ce dimanche est le PS, figure centrale des victimes du dégagisme de l’année 2017. Il est plus que laminé. Dans la circonscription qui a été celle de Jean-Pierre Chevènement et du socialiste Raymond Forni, ancien président de l’Assemblée nationale dans les années 90, le PS passe derrière « Debout la France », juste devant Lutte ouvrière avec 2% des voix. La débâcle est à couper le souffle ! L’onde de choc du bilan de François Hollande frappe encore. Du coup, dans le Val-d’Oise, les 6% du PS semblent un exploit pour ce parti alors qu’il n’atteint que la moitié de notre score ! Mais dans les deux cas, « La France Insoumise » confirme son existence stable et confirme aussi son niveau d’adhésion de juin. Surtout, ses candidates passent nettement devant le FN. Enfin, et ce n’est pas rien, « la France insoumise » passe en troisième position.

Bref, pour qui veut s’opposer au pouvoir Macroniste sans vouloir voter pour la droite extrême de Wauquiez, pour ceux qui veulent former une opposition populaire au président des riches, le vote qui se voit, c’est le vote LFI. Tout le reste stagne à des niveaux confidentiels : le PS à 2 ou 6%, le PCF à 3% ! À quoi bon leur bulletin de vote ? Seul EELV retrouve tout seul son niveau d’avant la présidentielle. À Belfort, c’est le niveau de 2012. Dans le Val-d’Oise, le score est équivalent au total des candidats écolos de juin dernier. Peut-être se trouve-t-il une composante Hamoniste dans le territoire de Belfort qui gonflerait leur score. Mais dans ce cas encore, non seulement la barre des 5% n’est pas atteinte mais cela fait là encore moins de la moitié de notre score. En toute hypothèse, EELV ne parvient pas à occuper l’espace du PS. Pourtant il pensait en être une version modernisée, modérée et proche de ses électeurs auxquels il a fourni souvent un candidat commun au fil des 10 ans d’accords électoraux et de gouvernement en commun.

Tout cela ne nous fait pas pavoiser pour autant. Certes, nous sommes passés en 3ème position ; oui c’est vrai nous passons devant le FN dans deux de ses fiefs d’hier. Mais ces satisfactions ne nous font pas oublier que n’avons jamais considéré que notre score serait une fin en soi. L’objectif reste de mordre sur les sentiers de la victoire. Ce n’est pas le cas. Certes, la marche était haute depuis notre score de juin. Il n’aurait pas été raisonnable de rêver sur une percée foudroyante, compte tenu du niveau d’abstention et de l’ampleur du vote de droite dans cette circonscription en juin dernier. La grève civique continue et elle s’étend dans nos milieux sociaux. Le vote LFI n’est pas encore son débouché positif évident. Mais le défi stratégique est là. Car la vérité s’impose dans la comparaison entre le résultat de Belfort moins bon que celui du Val-d’Oise. Pourtant, dans les deux cas, tous les observateurs ont admis que nos candidatures étaient performantes. Et le niveau d’activité militante a été très élevé pour construire le résultat.

La question n’est donc pas là. Voyons le fond. À Belfort la tonalité « gauche rassemblée » était revendiquée par le MRC qui nous soutenait sur ce thème. Il a fonctionné comme un rayon paralysant, gelant en partie les votes dégagistes que nous devions mobiliser. Dans le Val-d’Oise, c’est le contraire. Chacun allait chacun pour soi. Pas de tambouille Ce fut un facteur entrainant. Dans certaines communes et certains bureaux de vote c’est même spectaculaire. Les bureaux de vote à 30 ou 40 % en milieu populaire sont nombreux. Et pour finir le score total est meilleur que celui de juin dernier. Ce résultat fonctionne donc comme un message clair : dans une élection nationale, « la gauche rassemblée » est un étouffoir, un brise lame, un tue la joie. En outre, au cas de Belfort, « la gauche rassemblée » surchargeait notre barque des contentieux entre partis de « l’union de la gauche » qui se sont sévèrement entretués aux dernières municipales. De plus, le MRC qui nous soutenait était l’ancien candidat commun du PS, du MRC et de EELV. La leçon ne peut être négligée ni oubliée. Elle ne le sera pas. C’est la condition pour créer une nouvelle dynamique populaire dans le pays.
Sous le régime du moi-soleil

macron moi soleil

Il n’est pas vrai que le pays est acquis à son nouveau maître. Le tsunami d’abstention des partielles du week-end dernier en atteste. Sur le plan social, la mise en œuvre des coups bas désormais possible avec les ordonnances sur le code du travail commence à se traduire par de la prise de conscience populaire. Qu’une rupture conventionnelle collective se fasse ou pas, nombre de salariés du secteur privé ont désormais reçu le message de ce que cela signifie. Cela peut devenir de la conscience parce que nous avons résisté au Parlement et porté nos drapeaux dans la rue sur le sujet. Le souvenir assemble les faits. Alors ceux qui cherchent à se renseigner reçoivent désormais nos arguments. Le lien entre le travail institutionnel et la construction politique de masse peut avoir lieu.

Dans le même temps, la communication macronienne s’enlise dans son abondance. Les messages spectaculaires se succèdent. Combien impriment ? Peu. L’image se trace en pointillé d’un symbole fracassant à l’autre sans entrer dans ce qui devient du détail. C’est trop. On l’avait déjà vu sous l’ère Sarkozy où cette technique fut mise en œuvre pour la première fois. Du coup, chaque épisode se met en place sous la menace de son contexte immédiat. Ainsi quand sont annoncés à son de trompe les 2300 emplois sur cinq ans du sommet des riches à Versailles. Une heure plus tard Carrefour annonce 2400 suppression immédiatement. Du coup, il ne reste que la pompe prétentieuse de la cérémonie des riches dans l’antre symbolique de l’ancien régime des privilèges. Puis ce fut Davos, ses logorrhées, le défilé des présidents faisant leur cours aux puissances de l’argent. Le discours libéral en anglais et les prétentions sociales en français, tout cela ajoute au sentiment d’un étalage d’hypocrisie et d’arrogance des puissants dans sa forme la plus caricaturale. Le « président des riches », le « moi-soleil » comme le titre le « Canard Enchainé », tout cela devient une évidence dans la conscience populaire.

La semaine qui vient va montrer que la France ne sommeille pas en dépit de tous ceux, de tous bords, qui consacrent tant d’énergie à distribuer des calmants et à administrer un bashing permanent par crainte de voir les Insoumis en être l’expression politique. Peine perdue. Le mouvement, sur le terrain, dans la société et dans les institutions, est en expansion permanente. Une règle fonctionne enfin : les Insoumis sont présents dans les luttes et leurs députés sont appelés à la rescousse et pas seulement, loin de là, par les insoumis eux-mêmes qui se révèlent dans les combats concernés. Les cinq propositions de loi que le groupe insoumis défend à l’Assemblée le même jour ce premier février ont été travaillées pour mobiliser et concerter l’ensemble des secteurs associatifs concernés. Je n’entre pas dans les détails. On en trouve le récit sur les pages Facebook des chefs de file concernés et sur le site de la France insoumise.

J’évoque ici ce qui est dans le centre de l’attention. Je le fais pour illustrer ce que je veux dire en parlant d’expansion du mouvement par l’action, pari fondamental de l’idée à l’œuvre avec le concept de Mouvement. Mais dans le temps où tout ceci s’organise, s’ajoute un large panel d’autres initiatives d’envergure nationale en plus de tout ce qui se met en œuvre sur le terrain local. Ainsi avec la préparation de la votation citoyenne pour la sortie du nucléaire. Ou avec le cycle des ateliers législatifs. J’en parlerai bientôt. Pour l’heure je demande que l’on comprenne : quel que soit le point de vue sous lequel on se place, c’est l’action, le harcèlement du Château et de ses dispositifs qui est la seule opposition populaire possible. C’est elle qui construit le point d’appui sur lequel reposera l’étape suivante quand le nombre cristallisera son mécontentement. Rien d’autre n’a de sens concret.

Et d’autant plus que la plupart des partis de l’ancienne gauche sont entrés dans des procédures de congrès. Elles vont les nombriliser pour de longues semaines. Et partout cela commence fort mal dans les bruits de vaisselles brisées, les noms d’oiseau et même leurs sifflements comme on l’a vu au Conseil national de LR. À quoi s’ajoute, concernant les composantes de « la gauche », une impossible alchimie. En effet chacun d’entre eux se sent contraint de trouver un point d’équilibre interne entre ceux qui veulent traiter avec la réalité, c’est-à-dire avec notre centralité, et ceux qui s’obsèdent d’une conservation d’identité dont ils font une fin en soi. Mais sur un tel terrain, il n’y a pas de point central. Je veux dire que nous sommes inconciliables avec le vieux monde de la tambouille. Il faut donc choisir. L’équilibre n’est donc pas possible autrement que comme une « posture verbale ». Ceux qui la pratiqueront sont donc vouée à un hors sol permanent. Une sorte de néant de l’existence publique. Car pour être visible, il faut être actif et avoir une cible claire. « L’équilibre » rend cela impossible. Au PS comme au PC, ces tendances existent en concurrence féroce les unes avec les autres. Les appareils se contenteraient volontiers de cet « équilibre » qui rassure les fractions intermédiaires de toute organisation. C’est évidemment la promesse d’une agressivité confirmée contre nous.

Ainsi, au PS, les tenants de « ni Macron ni Mélenchon » n’ont pas tardé a montrer leur jeu. Voilà donc un Le Foll déclarant « face à Le Pen, Wauquiez et Mélenchon il va falloir percuter et ça je sais faire ». Non seulement l’oubli de Macron dans cette liste est un silence parlant mais le rôle de percuteur annonce un outil bien peu sympathique. Au PC, la direction sortante en est là aussi. Tout en disant le contraire, « équilibre » oblige. Liée bruyamment à Tsípras dans le cadre du PGE (le parti de la gauche européenne), elle pose des actes d’hostilité à chaque étape, qui fonctionnent comme autant de clins d’œil aux PS en vue d’accord locaux. Elle s’est persuadé que ses gémissements unitaires non moins bruyant les masqueront aux yeux des communistes du terrain. Mais les communistes sur le terrain n’en sont pas dupes à ce que j’entends. Surtout après des exercices comme ceux du conseil régional d’Occitanie où pour rester dans l’alliance avec le PS, les élus PCF, main dans la main avec ceux d’EELV acceptent de supprimer les 35 heures du personnel régional. Ils ont pour cela décidé de former un nouveau groupe en excluant leurs alliés d’Ensemble et du PG. Une initiative venue des pires sectaires locaux que la direction nationale a dû faire semblant d’avoir organisé, « équilibre » exige.

Le moment n’est pas celui de l’équilibre. Après une période d’observation, la société entre progressivement en voie de latéralisation politique sous les coups de boutoir de l’offensive Macron. Et chez les gens ordinaires, on ne pense plus comme autrefois autour du gauche-droite habituel. Ce n’est plus en pensant au PS ou à LR qu’on se demande ce qu’il faut faire. Admettre cette réalité nouvelle n’est pas encore fait dans les appareils : ils vivent dans l’espoir que l’ancienne situation revienne. Au PS et au PC règne le « ni Macron, ni Mélenchon », à LR « ni Macron ni Le Pen ». Deux façades sans fenêtre sur la vie réelle.
Emmanuel Macron : le libéralisme autoritaire
macron autoritaire

Crédits photo : Kremlin.ru

« Un vrai libéral ». Voilà comment la sphère médiatique a décrit et consacré Emmanuel Macron dans sa phase d’accession au pouvoir. Cela signifiait : il appliquera une politique économique d’inspiration patronale mais il sera vigilant et ouvert à propos des libertés publiques et individuelles. C’est là le malentendu du moment politique. Les mois qui passent ne laissent voir qu’une réalité au grand jour : le libéralisme économique n’accroit pas la liberté. Il ne le peut pas. Il la brime. Il ne peut faire autrement. Sur le sujet, la racine est profonde. Mais le contexte donne une violence spéciale à ce code génétique. Les « libéraux » agissent comme si la liberté n’avait d’espace qu’en dehors de l’application des règles toujours trop « rigides » pas assez « flexibles » et cadenassant toujours les énergies qu’il faut donc d’urgence « libérer » de ce carcan. Fondamentalement, les règles sont pour eux autant d’entraves au libre-jeu du marché. Pour eux c’est grave. Car ce qui est en jeu c’est la possibilité pour celui-ci de faire émerger le point d’équilibre spontané que seule la plus grande circulation et la plus libre circulation des marchandises et de l’argent peut créer spontanément.

Pour notre part, nous croyons au contraire que la liberté n’existe pas en dehors des règles qui organisent son exercice et la rendent donc possible. Pour nous, la « liberté » sans règle ne peut devenir spontanément autre chose que la liberté du plus fort. Au fond, nous avons une vision « matérialiste » de la liberté (matérialiste au sens philosophique). Nous pensons que la liberté c’est son exercice. Les conditions de cet exercice sont donc essentielles. La liberté se constate. Elle se résume au fond à la capacité de chacun de prendre librement une décision et de pouvoir l’appliquer librement. Ce qui ne peut se faire que dans une organisation de la combinaison des libertés. Une bonne formule dit « la liberté de chacun s’arrête là où commence celle des autres ». La liberté des libéraux rend impossible la liberté de chacun puisque chacun est alors placé sous l’empire des plus forts. Quand ces principes se déploient dans la sphère politique, les conséquences ne sont pas seulement philosophiques.

Le productivisme est un grand réducteur des libertés collectives. Car ses conséquences de long terme resserrent les possibilités d’action de demain et donc la liberté des décisions aujourd’hui encore possible. On pourra moins de choses dans un monde où règnent les événements climatiques extrêmes, encombré de déchets nucléaires ultimes actifs pendant plusieurs millénaires, quand de nombreuses espèces et paysages auront disparus. Et ainsi de suite.

Au plan social, il en va de même. Le cas de la destruction du code du travail est éclairant. Pour « libérer les énergies », Emmanuel Macron a cassé la priorité donnée à la loi, c’est-à-dire à la règle commune, en matière de droit du travail. Plus aucune règle nationale n’encadre par exemple les recours aux contrats courts et précaires. Des accords négociés entreprise par entreprise pourront baisser les salaires en supprimant les primes d’ancienneté, le 13ème mois, etc. Et comme les ordonnances affaiblissent aussi le rôle des syndicats, elles accroissent le déséquilibre qui existe entre salariés et employeurs. Le code du travail établissait un ensemble de protections pour les individus, contre le travail précaire et mal payé. Sans celles-ci, ils seront mécaniquement davantage exposés aux contingences économiques, aux exigences de rentabilité selon les fluctuations imprévisible du marché. Ils y seront astreints. Ils seront moins autonomes, donc moins libres. Quelle est la liberté de celui ou celle qui ne sait pas s’il aura encore du travail dans un mois ? De celui ou celle dont la seule préoccupation est de savoir comment subvenir aux besoins élémentaires de sa famille avec sa petite paye et son compte dans le rouge le 15 du mois ?

Dans l’idée du libéralisme, le marché, l’action égoïste des individus est seule capable d’allouer les richesses avec efficacité car, seule, elle vise un intérêt impératif dont la somme avec celui des autres est le véritable intérêt général conforme aux désirs de chacun. L’État serait incapable de cette efficacité de la décision parce qu’il agit au nom de principes et de règles qui prétendent découler d’un intérêt général invérifiable. Dans cette optique, la décision de l’État serait par essence de nature idéologique. La dépense publique qui en est la conséquence est donc son ennemi. À cela s’ajoutent les chaînes de la dette publique. Son paiement doit passer au-dessus de toute autre considération. En effet les libéraux y voient le juste usage de son épargne et de sa propriété privée, un droit sacré inaliénable qu’ils placent au sommet de la hiérarchie des normes. Naturellement, ce discours est surtout à usage de propagande et d’habillage de la dictature de l’argent. Dans les faits, « l’épargne des investisseurs » adore les placements dans les dettes d’État car seul l’État ne disparaît jamais. Les investisseurs adorent les commandes d’État au secteur privé car seul l’État est un acheteur surpuissant et que seule la commande de l’État offre de la visibilité à moyen et long terme. Mais le discours apparemment rigoriste permet d’imposer des politiques publiques sans intérêt général. Et, pour finir, cette logique impose l’austérité dans les services publics qui garantissent, à tous, les droits qui permettent d’être libres.

Ainsi dans le domaine de la santé. La détérioration de l’hôpital public, les déremboursements par la sécurité sociale conduisent un nombre croissant à renoncer à des soins pour des raisons financières : entre un quart et un tiers des français. Le déni du droit à la santé est à coup sûr une diminution de la liberté individuelle à proportion des incapacités que la maladie non soignée occasionne temporairement ou définitivement. Le même mécanisme se produit dans l’éducation. L’incessante croisade contre la dépense publique a conduit à une pénurie de places dans nos universités. Davantage de jeunes veulent accéder à des études supérieures. L’intérêt général serait qu’ils puissent le faire. Car cela élève le niveau de qualification et donc celui de la production. Mais les universités ont atteint leur capacité maximum. Comme solution, avec l’objectif de créer un marché du savoir et donc la rareté et la concurrence des producteurs de diplômes, rareté sans laquelle il n’y a pas de marché, le gouvernement met fin à la liberté de choisir ses études. Pourtant, choisir ses études, c’est choisir sa vie. C’est une liberté fondamentale que le libéralisme retire aux jeunes gens.

En bout de course, notre équation fonctionne. Les recettes des libéraux aboutissent à des sociétés très inégalitaires où les forts imposent leur intérêt particulier aux faibles. En 2017, 82% des richesses produites dans le monde ont été captées par le 1% plus riche de la population. En France, 32 milliardaires possèdent autant que 27 millions de personnes. Le maintien d’un ordre aussi inégalitaire nécessite un contrôle social toujours plus accru sur ceux en bas de l’échelle. La construction d’une idéologie dominante radicalement close a pour but d’enfermer « le temps de cerveau disponible » dans le monde des préoccupations et des hiérarchisations consuméristes. Des petites échelles intimes des choix de consommation aux degrés les plus élevés de la décision qui établit les normes et les lois, chaque niveau est relié au suivant et au précédent. La politique a pour objet le contrôle de gens pour qu’ils acceptent « la concurrence libre et non faussée » comme un intérêt général alors qu’elle ne peut produire autre chose qu’une limitation de la liberté des faibles face à celle des forts.

Emmanuel Macron organise le système politique qui correspond à cet objectif. Il réorganise les institutions et les mécanismes de décision publique pour les aligner au diapason. Et il enchaîne les propositions liberticides de contrôle des individus. La seule existence de telle « règles » porte déjà un message : les gens sont responsables de leur situation. Il s’agit donc de les orienter vers les bonnes décisions qui les libèreront des conséquences de leurs mauvais choix. La liberté des individus est donc est mise en quarantaine pour leur bien. Tous les compartiments sont atteints. Ainsi, les chômeurs doivent rendre des comptes le plus souvent possible et ils doivent activement participer à leur surveillance. Les mouvements sociaux ou ceux qui se mobilisent pour les faibles sont réprimés : gaz lacrymogènes, grenades de désencerclement et nasses pour les manifestations de rue, rhétorique sécuritaire pour les zadistes, poursuites judiciaires pour ceux qui aident les réfugiés. Quant à la liberté d’expression, le président propose, sous couvert de lutte contre les fausses nouvelles, de la réduire sur internet. Il est aidé en cela par les géants du numérique qui changent leur algorithme et restreignent ainsi l’accès à certaines informations. La réduction de la circulation des informations de nature socialiste ou protestataire est à présent mesurable aux USA et 40% de cette diminution vient de l’action de Google. Une société inégalitaire est nécessairement une société qui doit contrôler, surveiller et réduire les libertés publiques pour maintenir un ordre aberrant pour le grand nombre et obtenir son consentement actif.

L’équation libéralisme égale moins de liberté s’applique non seulement aux individus mais aussi aux peuples. Le principe de souveraineté populaire signifie la liberté des peuples à choisir leur destin. Notre régime politique et institutionnel s’éloigne de plus en plus de ce principe. L’Union européenne nous impose des choix dont nous ne voulons pas. Le vote du peuple sur le traité constitutionnel de 2005 a été bafoué, les traités budgétaires conditionnent les politiques publiques, la gestion de la monnaie est hors de portée des peuples. La pratique du pouvoir d’Emmanuel Macron constitue un nouveau raidissement autoritaire. Il suit le mot d’ordre de Junker : il n’y a pas de démocratie hors des traités européens. Au niveau européen, il en revient au condominium franco-allemand, camisole de force vouée aux intérêts des rentiers allemands. Au niveau national, le Parlement est la cible. C’est par là qu’a commencé le quinquennat avec le passage par des ordonnances pour sa principale réforme de début de quinquennat. La main de fer commence évidemment dans ses propres rangs, les députés de la majorité sont priés de n’avoir aucune opinion propre, la réforme de l’université s’applique avant même qu’elle ne soit votée par le Sénat et l’Assemblée.

Arrive la réforme institutionnelle. Une ample campagne de dénigrement des parlementaires a déjà été copieusement relayées par les médias de l’oligarchie française. Elle prépare l’opinion. En bavardant pendant huit jours en plein mois de juillet sur la prétendue loi de moralisation du Parlement, les nouveaux élus ont de bonne foi fait passer les turpitudes de quelques-uns pour des tares du système. Les uns et les autres ont ainsi bien contribué à propager l’image d’élus inutiles, en surnombre, grassement payés à ne rien faire et à distribuer des emplois familiaux. Bref, à dénigrer l’institution parlementaire. Le projet prévoit de diminuer leur nombre. Cela revient à les éloigner des électeurs. Les circonscriptions passeront d’une moyenne de 100 000 électeurs à plus de 400 000. Une liste additive d’élus à la proportionnelle garantira à chaque parti sa survie en échange de son consentement à la concentration du pouvoir.

Ainsi, de bribe en bribe, la constitution de la Cinquième République mute et son horizon autoritaire s’élargit. Régime de crise né pour résoudre celle de la décolonisation et des exigences d’un capitalisme d’État, elle a permis par ses propres moyens une adaptation aux nouveaux impératifs autoritaires de l’ordre social de notre temps. La revendication de la Constituante et d’une sixième République se présente dans ces conditions comme le cœur d’une stratégie alternative. Cette démarche fait converger les objectifs sociaux et écologiques en un processus unique de prise en main démocratique par le peuple. C’est ce que nous appelons la Révolution citoyenne.


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